Faut-il supprimer les mails professionnels?

Le monde professionnel est décidément un vrai vivier pour les maladies exotiques. Celles-ci se développent à vitesse grand V : les workaholics tâtent du boulot trop goulûment et les employés souffrant de présentéisme ont la tête ailleurs. Mais ce n’est pas tout. Un troisième fléau est en train de grignoter notre santé : le mailisme.

Pas la peine de se mentir, nous sommes presque tous accros au mail. Et si l’on veut se mentir, les chiffres sont là pour nous rappeler notre triste condition:

« Le premier réflexe matinal de connexion des deux tiers des internautes français : ouvrir leur messagerie électronique. 65% consulteraient leurs mails toutes les 5 minutes au cours de la journée. (La Tribune) »

Malgré l’émergence des réseaux sociaux, le mail reste l’outil privilégié sur internet, outil  dont nous abusons sans vergogne mais pas sans regret. Selon un sondage Ifop réalisé pour Psychologies Magazine, 59% des Français se sentent déjà dépendants.

Les psys montent au créneau face à cette  «emprise préoccupante sur nos vies»: «l’usage abusif d’écrans induit une hypersollicitation permanente, source de stress et de fatigue. Il nous prive du temps de repos, de réflexion et de présence au monde indispensables au bien-être et au bien-penser. »

Il faut avouer que les chiffres font peur : aujourd’hui, un professionnel reçoit et envoie en moyenne 110 e-mails par jour. Il vérifie sa boîte de réception une vingtaine de fois par jour et ça lui prend 2h dans sa journée. Un manager passerait 40% de son temps à écrire des e-mails à ses collaborateurs (source: The Hampsters Revolution)

Or, il est prouvé que c’est justement le fait d’être interrompu trop souvent dans sa tâche quotidienne par des e-mails qui rend l’employé moins productif…

Face à ce problème, certaines entreprises aujourd’hui réfléchissent aux solutions éventuelles, avec un idéal parfois évoqué : le zéro-mail.

Mais est-ce bien sérieux ?

Pour pallier au ma(i)l, on parle bcp des réseaux sociaux d’entreprise. IBM ainsi n’hésitait pas à affirmer en 2011 que les RSE allaient remplacer l’e-mail pour 20% des utilisateurs en entreprise en 2014. On y est très loin. Les RSE ne convainquent pas encore : déploiement très long, réticences internes, risques importants, les obstacles sont encore nombreux.

Thierry Breton, l’ancien ministre à la tête du groupe informatique Atos Origin, avait fait sensation, il y a deux ans, en annonçant la mort prochaine de l’email dans son entreprise (80 000 collaborateurs quand même). Il souhaitait le remplacer par des messageries instantanées et une interface de type Facebook avant 2014.

Thierry Breton estimait que, puisque les jeunes (parmi lesquels ses salariés, 35 ans de moyenne d’âge) utilisaient de moins en moins leur messagerie personnelle, le moment était opportun. Bon, en prônant l’abandon de l’e-mail, Atos Origin montrait aussi l’exemple pour commercialiser ses propres solutions. On ne sait pas où en est le projet

D’ailleurs, certaines société surfant sur cette quête, n’hésite pas à utiliser grands moyens et, à notre avis gros sabots. Regarder le témoignage de ce « Monsieur X », accro au mail, et de sa descente aux enfers. Il ferait passer Cosette pour une diva pourrie gâtée…

On laissera finalement le dernier mot à un chercheur spécialisé en technologogie et stress (ça tombe bien !). Cela sonne très juste.

 » On peut avoir des doutes sur la viabilité du projet. Les expériences similaires se sont soldées par de redoutables échecs », assure-t-il. Car si décréter l’abandon des emails en interne est relativement facile, « quid des relations avec les clients? » « Les salariés vont continuer à recevoir des messages de l’extérieur qui génèreront fatalement du circuit à l’intérieur de l’entreprise« , commente-t-il.

D’autant que selon lui, l’outil lui-même n’est pas à blâmer, mais plutôt « la spirale de l’immédiateté » qui dicte sa loi dans les entreprises, et plus largement dans la société contemporaine. « Quand vous recevez un email, la technologie ne vous pousse pas à y répondre, contrairement à un téléphone qui sonne ou à quelqu’un qui vient vous parler. Et pourtant, tout le monde utilise l’email comme un chat, en y répondant sur le champ alors que l’outil ne fait que créer des opportunités »

Refuser l’immédiateté du mail, en voilà une idée… Vous vous sentez prêts ?

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